Auteur Sujet: Rwanda, la France complice  (Lu 5055 fois)

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Rwanda, la France complice
« le: 30 mars 2010 à 13:34:13 »
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«L’Etat français doit  des excuses aux Rwandais»  


André Guichaoua, professeur à l’université Paris-I et témoin-expert près le Tribunal pénal international pour le Rwanda, vient de publier Rwanda : de la guerre au génocide (édition La Découverte). Il y revient longuement sur le rôle joué par la France, notamment de 1990 à 1994.
 
 
 Comment expliquer l’implication de la France dans la guerre au côté du régime Habyarimana contre le Front patriotique rwandais (FPR) en 1990 ?
 
 Depuis 1975, la France s’était substituée aux Belges pour assurer la stabilité de la région des Grands Lacs. Le Rwanda apparaissait comme un pied-à-terre solide. A cette époque, il n’y avait pas de critère francophone ou de défense du pré carré. En 1990 [après l’attaque du FPR, ndlr], la France n’a pas été la seule à intervenir. La Belgique et le Congo aussi. Personne ne contestait la légitimité de l’intervention militaire française face à une rébellion largement désavouée par la majorité des pays riverains à l’époque. La France soutenait un régime qu’elle estimait légitime. Le problème, c’est que la France n’a pas analysé les arcanes de ce conflit qui commençait à prendre une dimension régionale. Elle n’a pas réalisé que, dans l’ensemble de la sous-région, la question des réfugiés [tutsis] était devenue explosive.L’appui au régime en place au Rwanda a été considéré comme la seule issue possible. Or, en février 1993, l’offensive du FPR a mis en évidence l’échec des efforts pour restructurer l’armée rwandaise et de la présence militaire française. Dès ce moment-là, il est clair qu’il n’y a pas d’issue militaire au conflit et qu’il faut négocier. La France ne l’a pas compris ou n’a pas voulu le comprendre.

 Comment expliquer la cécité française face à la propagande antitutsie et la montée en puissance des milices Interahamwe ?

L’ambassade de France, comme d’autres, était relativement bien informée de ce qui se passait. Des choix ont été faits. La France n’a pas voulu faire confiance aux démocrates de l’intérieur, notamment après le départ de l’ambassadeur Georges Martres [en 1993], qui connaissait très bien tout le personnel politique rwandais. Ce qui n’était pas le cas de son successeur : l’opposition intérieure ne lui faisait absolument pas confiance. En outre, le Rwanda avait des particularités que la France n’a pas mesurées. Elle s’est laissée enfermer dans une logique bipolaire, sans mesurer ce que ça allait donner quelques mois après.
 Qui était décideur sur la politique menée au Rwanda : l’armée, François Mitterrand ?
Le Quai d’Orsay fonctionne comme une institution qui est dépositaire de la pérennité d’une politique. Les gouvernements, les chefs d’état-major, les présidents et les ministres passent. Mais il y a une véritable continuité des valeurs, des modes de fonctionnement, de l’approche du terrain. Ce n’est pas terminé d’ailleurs, même si le renouvellement du personnel politique au sommet fait illusion. La gestion des affaires africaines relève d’une vision du monde ancrée de longue date au sein du Quai d’Orsay.

 On parle souvent du «syndrome de Fachoda», c’est-à-dire la lutte contre l’influence anglo-saxonne en Afrique, et que, pour cela, la France aurait cherché à combattre à tout prix l’arrivée du FPR anglophone et pro-américain au Rwanda. Qu’en pensez-vous ?

En Afrique, le Rwanda est un pays particulier, qui vit sur une véritable ligne de fracture, volcanique, géopolitique, linguistique. J’ai l’impression que la gestion de la question rwandaise n’a pas été différente de ce qui est habituellement mis en œuvre ailleurs en Afrique. On a sous-estimé la capacité d’analyse et de réaction des politiciens rwandais.

 Pendant le génocide, les dirigeants français ont-ils eu conscience de ce qui se passait ?

C’est la question centrale. Les Français, comme les Belges et d’autres, ont considéré que la guerre était inexorable, que ce serait la dernière et qu’il fallait choisir son camp. Il y a eu une semaine au cours de laquelle des opportunités [de revenir au calme] auraient pu être saisies. Personne n’a souhaité les saisir. Pour s’en tenir à un critère simple, la France n’a pas désavoué les autorités [génocidaires] pendant la quasi-totalité du génocide.

 L’opération Turquoise masque-t-elle une tentation de stopper le FPR ?

Parmi les unités engagées figuraient des membres qui étaient au Rwanda depuis 1990 : il y a eu manifestement des attitudes ambivalentes dans l’armée française. Mais au moment où Turquoise débute, le gouvernement intérimaire rwandais [hutu extrémiste] a clairement conscience que la France l’a lâché. De fait, cette opération a accéléré la fin de la guerre car elle a déchargé le FPR d’un million et demi de déplacés et lui a permis de remonter militairement vers le nord du pays.

 L’action de la France au Rwanda a toujours fait l’objet d’une union sacrée entre la gauche et la droite. Qu’en pensez-vous ?

C’est un vrai problème. Il n’y a jamais eu de tentative de reconnaître des erreurs politiques. L’Etat français doit des excuses au peuple rwandais - et non au FPR. Mais le peuple français n’a pas à être culpabilisé dans son ensemble.

 Est-ce que la mission parlementaire Quilès est allée au bout de son travail ?

Elle est allée au bout de ce qu’elle pouvait… une fois que les broyeuses ont tourné au ministère de la Coopération et dans plusieurs services. Sur le fond, l’essentiel a été dit. On aurait aimé que les allusions soient étayées par des documents ou se traduisent par des conclusions plus fermes. Si on ne trouve pas son compte, c’est aussi parce que bien des acteurs n’ont pas l’intention d’aller jusqu’au bout, notamment les autorités rwandaises, mais aussi les pays riverains, l’Ouganda, la Tanzanie, ainsi que les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

 L’arrivée de Sarkozy et Kouchner marque-t-elle une rupture ?

Le président Sarkozy était déjà en activité à l’époque du génocide mais il représente une autre génération et d’autres réseaux, notamment dans l’armée, etc. Il a voulu marquer une rupture. Maintenant, cela a-t-il été fait avec une compréhension suffisante ? Je n’en suis pas sûr. Ses appels à une implication du Rwanda dans l’est du Congo sont une incroyable maladresse… Et quelles seront les contreparties du rapprochement entre Paris et Kigali ? Quand Sarkozy dit que trois militaires français abattus dans un avion [celui du président hutu Habyarimana, le 6 avril 1994] ne peuvent pas être mis sur le même plan qu’un génocide, il a raison. En faisant fi de la justice et de la vérité, on peut améliorer les relations entre les deux pays, mais on n’apaisera pas les passions rwandaises.


http://www.liberation.fr/monde/0101621364-l-etat-francais-doit-des-excuses-…

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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #1 le: 15 janvier 2012 à 14:32:54 »
Une expertise qui arrange les intérêts de la France, bien sûr !!

http://www.liberation.fr/depeches/01012382720-rwanda-kigali-triomphant-l-opposition-en-berne-apres-l-expertise-francaise

Ecoutez à 8:00 l'analyse de Mermet sur la question, qui me paraît très juste.
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2349

En espérant que cette expertise bidon ne va pas entraîner l'extradition de réfugiés Hutus en France qui sont poursuivis injustement par ce dictateur Kagamé qui veut ainsi faire taire toute personne qui pourrait le mettre en cause, avec la complicité de la France !

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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #2 le: 22 janvier 2012 à 15:50:11 »
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Une expertise qui arrange les intérêts de la France, bien sûr !!
On peut dire beaucoup de chose sur Kagame, mais en faire un assassin du Président du Rwanda c'était très gros. A l'époque ça arrangeait le gouvernement français qui ne voulait pas voir Kagame prendre le pouvoir, mais aujourd'hui que Kagame est un amis du gouvernement français la vérité est enfin arrivé: les planificateurs du génocides ont éliminés le président trop faible à leur gout.

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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #3 le: 22 janvier 2012 à 18:08:07 »
J'ai souhaité aller entendre l'analyse qu'en faisait Daniel Mermet (cf le post de Calypso ci-dessus) mais je ne l'ai pas trouvé !!!!
Si tu repasses par ici Calypso, tu veux bien préciser ?  :fleur2:
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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #4 le: 08 février 2012 à 10:54:34 »
Désolée pour ce grand retard, je n'avais pas vu ta réponse.
Tu cliques sur ce lien  http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2349 et en haut à droite tu as le lecteur sous "Ecouter en MP3" tu fais avancer le curseur jusqu'à 8 minutes (après le chargement).
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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #5 le: 08 février 2012 à 11:38:41 »
Merci beaucoup calypso :fleur2: :fleur2: :fleur2: :fleur2:
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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #6 le: 17 mars 2014 à 14:17:16 »
Concernant le génocide au Rwanda , je crois qu'on peut se réjouir de l'issue du procés qui vient de se tenir en France :

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Simbikangwa condamné, le génocide des Tutsi reconnu, le CPCR et Survie restent mobilisés
Justice - CPCR, Survie - 15 mars 2014

 A l’issue du verdict du Jury de la Cour d’Assises de Paris, le CPCR et Survie, parties civiles dans le procès du rwandais Pascal Simbikangwa expriment leur satisfaction de voir l’accusé reconnu coupable et condamné à 25 années de réclusion pour des actes commis durant les 3 mois du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Nos (...)
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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #7 le: 08 avril 2014 à 11:10:21 »
Mais par contre je partage entièrement cette réaction pour ce qui vient de se passer  :X: :X: :X: :X:

Hollande esquive la commémoration du génocide : une faute politique et historique majeure
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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #8 le: 10 avril 2014 à 11:45:54 »
j'aurais pu envoyer ce message sur notre fil qui s'interroge sur la "crédibilité de nos medias" .... mais je crois qu'il sera plus facile à retrouver ici-même !

Franchement, un décryptage rigoureux de la manière dont ils réussissent à nous enfumer est à la fois instructif ..... et désespérant !  :pleur3:

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Génocide au Rwanda : propagande pour petits et grands sur France Info


Après l’annonce du verdict du procès de Pascal Simbikangwa, France Info a diffusé une chronique intitulée « France Info Juniors » où le chef adjoint du service Monde de la rédaction, Yves Izard, répondait aux questions de jeunes sur le génocide des Tutsis. Ce qui aurait pu être un bon exercice pédagogique s’est révélé être en fait un morceau de propagande douteuse pour dédouaner la France ou, au mieux, de confusion pure.
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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #9 le: 19 avril 2014 à 06:58:57 »
Carrément  8| Les médias n'ont presque plus aucune crédibilité et s'ils se mettent à modifier l'histoire c'est une faute morale.

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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #10 le: 08 avril 2015 à 11:45:09 »
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L'Elysée déclassifie ses archives sur le Rwanda

Vingt-et-un ans après le déclenchement du génocide, la présidence française évoque un «souhait de vérité».

Au soir du 21e anniversaire du déclenchement du génocide rwandais, le 7 avril 1994, l’Élysée a déclassifié mardi les archives de la présidence française sur ce petit pays d’Afrique australe pour la période 1990 à 1995, après un an de préparatifs dans le plus grand secret.

La décision a été signée en présence de Dominique Bertinotti, ancienne ministre et mandataire des archives de la présidence de François Mitterrand, a précisé l’Elysée. Les relations entre la France et le Rwanda ont longtemps été plombées par une violente polémique autour du rôle éventuel des forces françaises dans le génocide. Elles ont même été totalement gelées entre 2006 et 2009.

Entre avril et juillet 1994, 800 000 personnes avaient été tuées en une centaine de jours, selon l’ONU, des membres de la minorité tutsi pour l’essentiel. Les massacres avaient débuté au lendemain de l’attentat qui avait coûté la vie au président hutu Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994.

Selon l’entourage de François Hollande, le président «avait annoncé il y a un an que la France devrait faire preuve de transparence et faciliter le travail de mémoire sur cette période sans que cette décision ne soit rendue publique».

Depuis, le recensement des archives a été «lancé et coordonné» par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), les documents mêlant des notes des conseillers diplomatiques et militaires de l’Élysée, mais aussi des comptes rendus de conseils restreints de défense ou de réunions ministérielles.

«Rien n’interdit plus la consultation de ces archives» qui seront ainsi à la disposition des chercheurs, des associations de victimes ou de la société civile, souligne la présidence française qui parle d’un «souhait de vérité». Dans quelque temps, précise-t-elle encore, d’autres archives seront déclassifiées, celles de l’Assemblée nationale et des ministères des Affaires étrangères et de la Défense, chacun allant «à son rythme» dans cette procédure.
«Le chemin est encore long et escarpé»

Parmi ces documents figurent les «archives Quilès», du nom de l’ancien ministre socialiste Paul Quilès qui avait présidé la mission des commissions de la Défense et des Affaires étrangères de l’Assemblée sur les opérations militaires conduites par la France et l’ONU, notamment, au Rwanda entre 1990 et 1994. Son rapport avait été publié en décembre 1998.

Dans un communiqué publié mardi soir, SOS Racisme se «félicite» de cette déclassification, un acte répondant à «une exigence de vérité et de transparence». «Depuis plusieurs années, la France a soufflé le chaud et le froid face à la responsabilité de certains de ses ressortissants dans la préparation et le déroulement du génocide», or «le respect dû aux victimes de ce drame tout autant que la reconstruction des rescapés ne peuvent se faire que par une exigence de vérité et de transparence à laquelle participe François Hollande à travers cet acte», estime l’association antiraciste.

L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) «salue» elle aussi «un pas important», espérant qu’il «facilitera la lutte contre le négationnisme malheureusement répandu au sein d’une partie de la classe politique française».

SOS Racisme considère néanmoins que «le chemin est encore long et escarpé» : la France devra notamment «accepter de reconnaître l’implication de certains de ses ressortissants» dans le génocide «et faire en sorte qu’ils aient à répondre de leurs actes devant la justice».

Saluant elle aussi «une bonne nouvelle», l’association Survie réclame «d’autres déclassifications de documents diplomatiques et militaires plus sensibles», notamment les «dossiers instruits par le pôle crimes contre l’humanité et génocide contre des militaires français de l’opération Turquoise» et «celui de l’attentat du 6 avril 1994 instruit au pôle antiterroriste».

L’actuel président rwandais, Paul Kagame, accuse toujours la France de complicité dans le génocide, reprochant à Paris d’avoir soutenu le gouvernement extrémiste hutu qui avait déclenché les tueries. Mais Paris a rejeté à de multiples reprises ces accusations, assurant que les forces françaises n’avaient fait qu’œuvrer à la protection des populations civiles.

Cette procédure de déclassification, spécifie-t-on par ailleurs à l’Elysée, est distincte de la vingtaine de procédures judiciaires toujours en cours au pôle «crimes contre l’humanité» du tribunal de Paris. En mars 2014, Pascal Simbikangwa a été condamné à vingt-cinq ans de réclusion à l’issue d’un premier procès à Paris.

Deux autres Rwandais, les anciens bourgmestres Tito Barahira et Octavien Ngenzi, ont été renvoyés devant la cour d’assises et attendent désormais leur procès qui pourrait se tenir entre mai et juillet 2016 dans la capitale française.

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Re : Rwanda, la France complice
« Réponse #11 le: 11 mai 2016 à 15:57:34 »
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Procès pour génocide au Rwanda: la curieuse «clause de conscience» d'une magistrate



C’est une décision aussi surprenante que rarissime : à la veille de l’ouverture à Paris d’un procès historique, Libération apprenait qu'une magistrate codésignée comme avocate générale a invoqué «la clause de conscience» pour se désister. Une décision d’autant plus surprenante qu’Aurélia Devos, chef du pôle crimes contre l’humanité au parquet de Paris, est une jeune magistrate aguerrie et spécialisée dans les questions qui seront abordées lors du procès d’Octavien Ngenzi et Tito Barahira, deux anciens bourgmestres (maires) d’origine rwandaise, réfugiés en France et accusés d’avoir participé au génocide qui s’est déroulé au Rwanda en 1994.

Malgré le nombre élevé de plaintes déposées depuis plus de vingt ans en France (une trentaine) et visant des ressortissants rwandais accusés de crimes contre l’humanité (en vertu de la compétence universelle qui s’applique aussi à la justice française), les procès ont, jusqu’à présent, été très rares. Il n’y en a même eu qu’un seul : celui en 2014, de Pascal Simbikangwa, ex-haut responsable des services secrets rwandais. Lors de ce procès Aurélia Devos représentait déjà le parquet général. Un choix évident au regard de ses compétences et de sa connaissance du complexe dossier rwandais.

Pourquoi alors a-t-elle choisi de se désister à deux semaines du procès, alors qu’elle était encore présente lors d’une réunion préparatoire organisée le 21 mars au Palais de Justice de Paris ? Aucune explication officielle n’a été fournie pour justifier cette décision rarissime. Mais certains s’interrogent sur le «binôme» qu’elle était censée former avec l’avocat général Philippe Courroye, désigné lui aussi pour représenter le Ministère public dans ce procès prévu pour durer plus d’un mois (du 10 mai au 1er juillet).

«Les candidats au parquet général ne se sont pas bousculés au portillon», note un connaisseur des arcanes du Palais de justice. Philippe Courroye, lui était donc partant. On ne présente plus le magistrat mêlé à l’affaire Bettencourt comme à celle des fameuses «fadettes du journal Le Monde», réputé proche de Nicolas Sarkozy. «C’est cependant un vrai pro, qui a aussi une vraie rigueur», le défend un avocat lui aussi familier du Palais de Justice qui ajoute : «Même s’il ne connaît rien au Rwanda, c’est un bosseur et il bénéficiera de l’aide d’assistants spécialisés.»

Oui mais. Courroye a aussi un avocat. A titre personnel, ce qui est son droit bien sûr.

Or cet avocat, Me Jean-Yves Dupeux, est réputé pour assurer la défense de plusieurs Rwandais accusés de génocide (évidemment pas ceux qui comparaissent à partir de mardi). C’est presque une des spécialités de son cabinet. Il fut également le défenseur du journaliste Pierre Péan lorsque ce dernier a été accusé de «négationnisme» et «haine raciale» en raison d’un ouvrage polémique sur le génocide au Rwanda. Enfin, l’avocat de Philippe Courroye est aussi celui de plusieurs enfants de l’ex-président Juvenal Habyarimana dont la veuve, Agathe, fait également l’objet d’une plainte pour «complicité de génocide».

Et qui est l'avocat d'Agathe Habyarimana ? Me Philippe Meilhac qui défend Tito Barahira, l’un des deux accusés, au procès qui s’ouvre mardi. Sans Aurelia Devos (déjà remplacée par Ludovic Hervelin-Serre) qui a curieusement décidé de s’abstenir de ce procès historique.

 
DROIT DE RÉPONSE DE MAÎTRE JEAN-YVES DUPEUX (7/5/2016)

Dans un article paru le 4 mai 2016 et intitulé « Procès pour génocide au Rwanda: la curieuse «clause de conscience» d’une magistrate » Madame Maria MALAGARDIS me met en cause à l’occasion d’un procès qui doit s’ouvrir prochainement devant la Cour d’assises de Paris pour juger deux Rwandais accusés de génocide. Devant cette instance, le siège du Ministère Public sera occupé par Monsieur l’Avocat général Philippe COURROYE et un membre du Parquet. A l’origine, c’est une magistrate spécialisée du pôle génocide qui devait accompagner l’Avocat général et qui a, ces jours derniers, décidé de se retirer, faisant jouer sa « clause de conscience ».

Or, l’explication donnée par la journaliste de ce retrait porte d’une part sur le fait que je suis l’avocat de Philippe COURROYE et d’autre part celui de Rwandais liés aux événements de 1994, ou encore d’un journaliste d’investigation, Pierre PÉAN, auteur d’un livre sur le Rwanda. La journaliste va jusqu’à dire que je serais « spécialisé » sur ces affaires.

Ainsi, Madame Maria MALAGARDIS insinue-t-elle que je pourrais exercer des pressions et dicter une conduite à l’Avocat général Philippe COURROYE dans ses réquisitions ! Et cela du seul fait que je l’ai défendu devant le Conseil Supérieur de la Magistrature !

S'il est bien un principe que j’ai toujours scrupuleusement respecté en 40 ans de carrière d’avocat c’est bien celui de l’indépendance. En suggérant, que j’aurais pu subir ou faire subir des pressions par clients interposés, l’article met en cause ma probité professionnelle, ce que je ne peux accepter. Je tenais à en informer vos lecteurs. »

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