Auteur Sujet: Les Etats Généraux de l'Agriculture  (Lu 202 fois)

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Les Etats Généraux de l'Agriculture
« le: 12 octobre 2017 à 19:05:05 »
On est tout plein en dedans. Je propose deux articles tirés de Reporterre pour y voir un peu clair:

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Quant au cadre des discussions, Reporterre avait déjà relaté les questionnements sur le choix des présidences d’atelier, où l’on constatait une forte présence de l’agro-industrie. Mais il était encore difficile de juger l’impact de ces présidences sur la tenue des débats. Finalement, les retours des participants sont très divers en fonction des ateliers. « Les débats étaient vraiment intéressants et les intervenants pouvaient parler librement », note Nicolas Girod. « Il était laborieux de se faire entendre, voire même d’être pris au sérieux », a de son côté observé Cyrielle Denarthig dans un autre atelier. « Quand on souhaitait prendre de la hauteur, la présidente d’atelier nous coupait la parole pour dire qu’il fallait des mesures concrètes et positives. Donc des mesures bordées, ciblées, qui ne froissent personne. »

« Surtout, le plus difficile n’était pas tant de se faire entendre que de voir nos propositions reprises dans les conclusions des ateliers », poursuit-elle. Car ce sont les synthèses de chaque atelier, comprenant des propositions « concrètes » et faisant consensus, qui ont été demandées et remises au gouvernement. « Dans notre atelier, elles avaient été rédigées par la présidence et comprenaient des propositions, notamment sur les agrocarburants, qui faisaient dissensus », dénonce encore Cyrielle Denarthig.

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Un désaccord sur le cadre, qui révèle en fait un dissensus de fond. Par exemple sur les questions d’innovation. Stéphanie Pageot, agricultrice et présidente de la Fnab (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), s’en est rendu compte dès la deuxième réunion de l’atelier 14, sur les investissements dans l’avenir dans l’agriculture. « Je suis tombée des nues, raconte-t-elle. On a commencé à nous proposer des semences issues des nouvelles biotechnologies, que l’on considère comme des OGM. On nous propose une gestion « décomplexée » de l’eau, qui consistait, en gros, à prendre tout pour l’agriculture et rien pour les autres... »

Des désaccords peu surprenants, finalement, vu les visions opposées qui s’affrontent dans le monde agricole. Mais c’est le refus d’arbitrer qui frustre le plus les associations. « Il faut dire qu’il y a des modèles qui ne se valent pas, qu’il y a des systèmes en échec du point de vue économique et de la santé, mais ce n’est pas le cas », insiste Stéphanie Pageot. « On a le sentiment que la consigne est qu’il ne faut pas trancher entre les modèles, il n’y a pas de place pour des politiques structurantes qui pourraient entraîner un changement profond de l’agriculture », estime Cyrielle Denarthig.

Dans ce cadre-là, certains se posent la question de continuer à participer à la deuxième partie de ces États généraux de l’alimentation. C’est le cas de la Confédération paysanne : « Cela demande de gros moyens militants et salariés. Il faut qu’on sente que des lignes bougent », indique Nicolas Girod. La Fnab est sur la même position.

Tout va dépendre des annonces d’Emmanuel Macron. « Le choix d’aller à Rungis pour faire son discours n’est pas très rassurant : c’est un lieu où l’on échange de gros volumes à prix tirés... » note Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne.

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Ce grand débat sur l’alimentation en France vise à rassembler autour d’une même table « l’ensemble des parties prenantes : producteurs, industries agroalimentaires, distributeurs, consommateurs, restauration collective, élus, partenaires sociaux, acteurs de l’économie sociale, solidaire et de la santé, organisations non gouvernementales, associations (...), banques, assurances... », listait dans sa présentation Matignon.

Deux thèmes pour deux « chantiers » successifs ont été retenus : « la création et la répartition de la valeur » pour le premier chantier, « une Alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous » pour le deuxième. Le premier s’est achevé fin septembre. Les discussions ont été réparties entre 7 ateliers, certains rassemblant jusqu’à 60 participants de tous bords

https://reporterre.net/Les-Etats-generaux-de-l-alimentation-decoivent-les-paysans-et-les-ecologistes

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« Le discours de Macron est un tournant dans la politique agricole »
12 octobre 2017 / Entretien avec Nicolas Girod



«<small class="fine"> </small>Le discours de Macron est un tournant dans la politique agricole<small class="fine"> </small>»

Emmanuel Macron a prononcé mercredi 11 octobre un discours sur l’agriculture. Annonçant des mesures qui satisfont la Confédération paysanne, comme nous l’indique Nicolas Girod, secrétaire national du syndicat.

« Un changement profond de paradigme » : voilà ce qu’a prôné le président de la République hier mercredi 11 octobre lors de son premier grand discours sur la politique agricole et alimentaire française. Afin de tirer un bilan à mi-parcours des États généraux de l’alimentation, Emmanuel Macron avait donné rendez-vous sur le carreau des producteurs de Rungis aux représentants des paysans, industriels, distributeurs, de la société civile et des consommateurs. Il a fixé un cap à une réforme en profondeur de l’agriculture, à travers deux mesures structurantes qu’il entend faire passer par la loi, voire par des ordonnances :

    « La mise en place d’une contractualisation rénovée » : le prix des denrées agricoles devra se baser sur le coût de production, afin de garantir un revenu aux agriculteurs ;
    Une forte incitation à la structuration des filières, produit par produit, avec des objectifs de montée en qualité (bio, label rouge, plein air).

Alors que les ONG représentant la société civile et certains syndicats agricoles, réunis dans la plateforme pour une transition agricole et alimentaire, s’inquiétaient en début de semaine de la place prise par l’agro-industrie dans ces États généraux, ce premier discours les a — en partie — convaincus. C’est ce qu’explique à Reporterre Nicolas Girod, secrétaire national de la Confédération paysanne.

Nicolas Girod est un secrétaire national de la Confédération paysanne depuis juin 2017.

Reporterre — Quelle impression générale vous a fait ce discours ?

Nicolas Girod — Une sensation bizarre. On s’attendait à ce qu’Emmanuel Macron prenne un peu de hauteur à la suite de ce premier chantier des États généraux. Mais pas à ce qu’il reprenne autant de nos positionnements. Une loi pour que les producteurs soient mieux rémunérés est une de nos demandes fortes. Nous portons depuis longtemps le fait qu’il faut une prise en main politique de l’agriculture et un changement de modèle. Dans son discours, Emmanuel Macron a donc utilisé des mots qui résonnent fortement à nos oreilles.



Une bonne surprise, mais vous n’allez pas vous arrêter au discours…

Effectivement. Emmanuel Macron renvoie aussi beaucoup à la responsabilité des filières et des interprofessions. Donc, toute la question est de voir comment les interprofessions, et les parlementaires pour le côté législatif, vont s’emparer de ce discours pour transformer l’essai.

M. Macron a évoqué deux mesures phares. La première consiste à inverser le rapport de force, et que ce soient les producteurs qui proposent les contrats, et les prix auxquels sont achetés leurs produits. Qu’en pensez-vous ?

Que l’on inverse la formation des prix, cela nous semble très intéressant. Cela veut dire écrire dans les contrats que c’est le coût de revient, et non la volatilité des marchés, qui fait le prix. C’est central. En revanche, l’inversion du contrat, qui serait désormais proposé par les producteurs à leurs acheteurs, nous semble présenter un risque. En particulier pour le lait, on peut imaginer que dans certains endroits où les prix de collecte sont élevés, parce qu’il n’y a pas beaucoup de producteurs, ou parce qu’une entreprise a décidé de moins s’y rendre, que l’acheteur refuse les contrats proposés par les producteurs. Alors que jusqu’à maintenant, il y avait obligation de collecte, l’entreprise se devait de proposer un contrat au producteur.

Deuxième mesure phare, Emmanuel Macron a beaucoup parlé de la « structuration des filières ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Nous comprenons que cela signifie que les filières doivent se prendre en main pour arriver à répondre aux attentes sociétales en matière d’environnement, de durabilité, d’alimentation, et au défi de la production. Il a insisté sur le fait qu’il fallait faire le choix de la transition agricole, et arrêter d’aller vers certains modèles qui ne répondent pas à la demande sociétale. Mais pour cela il faut que dans ces filières, les paysans reprennent ce discours à leur compte et c’est là où on est dubitatif : certains paysans ne sont pas prêts à aller jusque-là. Donc cela ne fonctionnera que si l’on renforce la pluralité syndicale, et que les filières sont ouvertes à la société civile et aux consommateurs d’une part, et aux distributeurs d’autre part.



Vous critiquez souvent la gouvernance du monde agricole, centralisée autour d’un syndicat, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). Si les filières sont dirigées de la même manière, on a du mal à imaginer que cela puisse évoluer…

C’est le gros risque que l’on a vu derrière les mots très intéressants de ce discours : que rien ne bouge si les filières restent comme elles sont, avec les mêmes personnes et les mêmes objectifs en tête.

Plus généralement, quelle vision du modèle agricole et alimentaire se dégage selon vous de ce discours ?

Pour nous, Emmanuel Macron est toujours dans l’idée qu’il y a plusieurs modèles de production et qu’il ne faut pas chercher à les opposer. Mais il a quand même pointé certaines filières, en particulier celles du porc et du poulet, qui sont hyper-industrialisées et majoritairement tournées vers l’export à faible valeur ajoutée. Il me semble que dans ces mots là il y a la remise en cause d’un certain système agro-industriel.

Il n’a pas franchi de ligne rouge, à part sur les accords de libre-échange. Il a parlé du Ceta [accord avec le Canada] et du Mercosur [accord avec l’Amérique latine], en expliquant qu’ils pouvaient être bénéfiques et que les normes européennes et françaises seraient préservées. Nous ne sommes pas d’accord.

Voyez-vous dans ce discours un tournant, notamment par rapport aux mesures prises jusqu’ici par le gouvernement avec la suppression des aides au bio, ou le cafouillage sur le glyphosate ?

C’est complètement un tournant de la politique agricole, en comparaison avec ce qui a été acté jusqu’à maintenant par le gouvernement. J’y vois un un recadrage de Stéphane Travert et du gouvernement dans son ensemble. J’espère que la politique gouvernementale va embrayer à la suite de ce discours.

Vous évoquiez la possibilité de vous retirer des États généraux de l’alimentation. Qu’allez-vous faire ?

On doit débattre ce jeudi 12 octobre du sujet en comité national. Mais on a obtenu la mesure principale que l’on demandait, à savoir un acte législatif. Donc pour ma part je ne vois pas de frein particulier à ce que l’on participe au deuxième chantier des états généraux.

    Propos recueillis par Marie Astier

https://reporterre.net/Le-discours-de-Macron-est-un-tournant-dans-la-politique-agricole
Les animaux sont principalement et essentiellement la même chose que nous.
A. Schopenhauer
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Re : Les Etats Généraux de l'Agriculture
« Réponse #1 le: 14 octobre 2017 à 10:05:06 »
Bon, j'avais moi aussi lu sur Reporterre ces deux articles. Par ailleurs, j'avais choppé ici et là dans les médias de petites mentions, tels la gueule faite à Macron par la nana successeur du divin BEULIN de la non moins divine FNSEA, que même pas paix à son âme çui là,  ou les braillements du distributeur Leclerc. Cela pourrait me disposer bien aux positions de Macron, si  j'étais disposée à bien me disposer  :diable: , mais ce n'est pas le cas., et d'ailleurs outre la propension du personnage à y aller systématiquement de coups bas et manoeuvres malignes, la mention faite dans les articles d'une part des OGM, (se rappeler l'insistance du Rapport Attali à abroger le principe de précaution), d'autre part des CETA et MERCOSUR, suffisent déjà à me mettre en rogne.

Bon alors, mon impression globale - que personne ne me demande, je sais  :] - et plus spontanée que totalement documentée, c'est celle d'abord d'une redite d'entourloupe, du même genre que celle, côté Code du Travail, par laquelle en divisant bien, on arrive à ses fins, exemple faire mine d'abonder dans le sens d'une petite partie d'un tout, soit portée par un vent "sociétal" favorable (l'agriculture paysanne), soit dotée d'un pouvoir de blocage (routiers) - en attendant, ex-post, de leur couper la chique  :gene1: par d'autres abondants moyens, et alors que par ailleurs ils auront déjà signé ..... :rougefache:

L'autre impression globale, c'est que le projet pourrait bien consister in fine à faire passer, tout en parlant et bien sûr pensant printemps  :diable: , une augmentation générale des prix, au moment même où l'on applique pour les salariés la baisse ordonnée par l'UE et non moins générale des salaires.

Car enfin, de quel monde se fout-on, en parlant d' "inversion du sens des contrats" (ce qui est déjà contredit par la définition même des contrats, je résume à la hache la mirifique proposition jupitérienne) ............, ne portant que sur les coûts de production isolés des coûts d'infrastructure, notamment mais pas seulement collectes et transports, les coopératives étant aujourd'hui à de rares exceptions près totalement noyautées par les industriels de l'agro alimentaire transformateurs, et les distributeurs  ? Hein ? Je-môa-je, ne vois en l'occurrence aucun moyen pour le petit producteur d'être délivré des moyens de pression de ceux-ci, SAUF A REGLEMENTER, ce que vous n'attendez quand même pas de Macron, ou alors vous z'êtes en marche,  :diable: , en ayant oublié votre cerveau au départ, excuses ! Et, vous n'attendez pas non plus que le petit marquis poudré cher  :mdr3: te nous retorde version humanitaire dans le Code Civil la partie Obligations et donc Contrats, je suppose.....
(Un peu en off, je regarde par ailleurs d'un oeil torve dans l'article le révérencieux commentaire des "petits", acquiesçant à devoir "se prendre en mains" pour les filières "par produit", sur la suggestion ferme du bon maître...... Je la trouve, la suggestion, bien un peu du même tonneau que le forçage, pour le Code du Travail, à supprimer d'autorité les branches qui n'auraient pas réussi à fusionner suffisamment pour dépasser les 5000 concernés (suppressions en cours d'achèvement  :rougefache: ). Si vous ne voyez pas le rapport, avec des filières "par produit", ben, sonnez moi.... :pasdrole: )

Mais par ailleurs, habituée aux raccourcis z'et infos tronquées des médias, je m'suis penchée sur les protestations Leclerc, le père Michel digne fils de son père ayant la très bonne habitude de brailler ce que d'autres voudraient si fort laisser sous le tapis..... Je ne fréquente pas plus le Leclerc voisin, pour la litière à chats, que l'autre voisin Géant Casino, pour le café, (mais je me dois de reconnaître à contre-coeur que les personnels de caisse de CE  Leclerc ont une mine vraiment plus détendue que ceux de CE Casino), mais j'étais sûre, devant y aller, que je trouverais de quoi alimenter un début de réflexion. J'ai gagné  :super: ! Le Michel, il a fait coller sur chacun des plans de rangement de ses caisses, une belle exposition de ses motifs à gueuler selon lui - et ça ne manque pas d'intérêt à ma modeste évaluation : nous dit en effet, le Michel, je résume en extra-concentré, qu'il trouve absolument légitime une progression des prix payés directement aux producteurs (sans s'étendre sur l'incidence prix de vente au consommateur), mais qu'il n'accepte pas la progression des prix, qu'il estime jusqu'à + 15%, de produits tels que lessives, produits d'hygiène etc.   :|

Le Michel m'a semblé me dire à moi petite chose chargée de son sac de litière à 0.99 € classe eco, que ake je regarde trop dans cette histoire la relation houleuse et saloparde entre le producteur local de pommes ou laitues qui va négocier béret à la main la vente de sa récolte auprès du distributeur le plus proche, et que je serais bien avisée de loeuiller aussi un petit coup du côté des transformateurs de l'agro alimentaire, et notamment des plus gros ne faisant de loin pas que de l'agro alimentaire. Si je suis bien le raisonnement que le Michel me suggère, ceux-ci, - prenons tiens pour exemple UNILEVER, me semble que c'est le plus gros, - sont en train de manoeuvrer en coulisse, ou même assez directement...., mais, n'est-on pas là dans des états généraux de l'agriculture ?  8| , en arguant au besoin que toutes leurs productions y compris non alimentaires ont aussi des fournisseurs initiaux, dont avec leur petit coeur compatissant ils voudraient qu'ils soient rémunérés avec justesse et justice, s'pas ?, mais après tout ont-ils même besoin d'arguer de quoi que ce soit, avant de ne se plier à rien, ces "too big to fail" ? .

Pour une suite genre "la main invisible du marché se préoccupe-t-elle de qui, du producteur ou de l'industriel, a tendu sa main le premier ?", ou "au fait, les prix de toutes matières premières se fixent bien toujours à la "bourse" de Chicago ?", ce sera pour une prochaine fois ! Et santé, camarades producteurs de jaja !  :diable: