Auteur Sujet: La présidence Macron vue par les médias étrangers  (Lu 297 fois)

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La présidence Macron vue par les médias étrangers
« le: 17 juin 2017 à 13:29:43 »
Les correspondants étrangers adorent la "flexi-sécurité"
La réforme est bonne, et c'est Londres et Berne qui vous le disent


(vous noterez le "Avant d’animer ce débat helvéto-britannique, le modérateur Pierre Weill prévient que l’on est en "période de réserve" de la campagne des législatives. Pas question, affirme-t-il, de parler des "partis en compétition" ou "des programmes". Et de prévenir notre duo, quasi menaçant : "je vous surveillerai de très près". Avec un tel gendarme, si soucieux de la loi, cette dernière ne peut être que parfaitement respectée. Nous voici donc rassuré." c'est-y pas trop mignon !)

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Dans un débat sur France Inter avec deux correspondants étrangers, on n’a guère cherché la mise en perspective et le regard froid de l’observateur extérieur sur la réforme du Code du travail ou sur la notion de "flexi-sécurité" tant à la mode. On s’est contenté de déverser les arguments habituels de justification des "réformes" sous couvert d’une légitimité extérieure. Bilan : tout ce qui est dans la réforme est vrai, tout ce qui n’y est pas est "idéologique". Compris ?

On l’a déjà dit dans le cadre de cette chronique, l’usage du regard étranger est souvent utilisé dans les médias pour justifier leurs obsessions dominantes en matière d’économie. Ainsi en est-il notamment de l’appel régulièrement fait à certains correspondants étrangers, soigneusement choisis, il est vrai. Rien pourtant ne devrait laisser penser qu’il en va nécessairement de la sorte. Le regard extérieur est souvent sain, il devrait permettre de relativiser les débats hexagonaux, de les replacer dans un contexte plus large, de montrer qu’il n’y a pas "d’exemples" étrangers, mais des situations toutes uniques, fruits d’une histoire particulière et qu’enfin, chaque modèle à ses défauts.

On en est loin. Prenons par exemple, Le club des correspondants étrangers, émission qui clôt le 6-9 du week-end de France Inter présenté par Pierre Weill. Titre ronflant qui nous place d’emblée dans une sorte de club fermé, confortable, avec des gens comme il faut, pour parler de vrais sujets. Celui du 10 juin dernier était, de ce point de vue, exemplaire. On y recevait deux correspondants étrangers à Paris, Anne-Sylvaine Chassany, cheffe du bureau parisien du Financial Times, quotidien présenté comme britannique, mais qui est plus précisément celui de la City car on le lit assez peu, reconnaissons-le, dans les faubourgs de Leeds. Et Michel Beuret, de la Radio Télévision Suisse Romande (RTS), chaîne publique de nos voisins helvétiques.


Avant d’animer ce débat helvéto-britannique, le modérateur Pierre Weill prévient que l’on est en "période de réserve" de la campagne des législatives. Pas question, affirme-t-il, de parler des "partis en compétition" ou "des programmes". Et de prévenir notre duo, quasi menaçant : "je vous surveillerai de très près". Avec un tel gendarme, si soucieux de la loi, cette dernière ne peut être que parfaitement respectée. Nous voici donc rassuré. "Mis à part cela, on peut évoquer l’actualité de la semaine", se lance-t-il cependant avant d’ouvrir le premier thème qui a dominé cette dernière : "la réforme du code du travail qui est au cœur des début de la présidence d’Emmanuel Macron".

Flexi-sécurité, plutôt flexi que sécurité

Tiens donc, la "réforme du code du travail" ne ferait donc pas partie du programme des partis en course aux législatives, mais des "premiers pas de la présidence" ? Etonnante dichotomie car, rappelons-le, cette réforme du code du travail, quand bien même elle ne passerait que par des ordonnances, symbole du pouvoir jupitérien de notre président, devra faire l’objet d’un vote à l’assemblée nationale. Pas de réforme sans majorité parlementaire. Autrement dit, on est précisément là au cœur de la campagne législative avec des partis promettant de soutenir le président dans son projet et d’autres de le combattre. Avec de tels gendarmes pour la défendre, la période de réserve peut effectivement dormir tranquille et rester la plus ignorée des règles.

La réforme du code du travail, donc. Celle dont on nous fait croire qu'elle est plébiscitée par les Français comme nous le racontions précédemment. Réforme que Weil nous la résume simplement : il s’agit d’introduire la "flexi-sécurité". On aurait pu alors demander quel est le sens de ce terme, pourquoi le projet Macron l’incarnerait et pourquoi, par exemple, il ne s’en donne guère les moyens ou n’est précis que sur la flexibilité. Mais non, se tournant vers sa consœur britannique, le "modérateur" propose : "cette flexi-sécurité, elle existe déjà en Grande-Bretagne, non ?" La question est, pour le moins, surprenante. Elle revient à demander confirmation que le Vatican applique bien la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Car il n’existe évidemment peu de "sécurité" dans le droit britannique du travail, à la différence des pays scandinaves, ce que la correspondante fera gentiment remarquer, s’attirant un "mouais" dubitatif du modérateur qui aurait tant voulu que l’on puisse qualifier de "flexi-sécurité" le système britannique.

La confusion n’est pas forcément involontaire. Elle trahit clairement une idée selon laquelle toute flexibilité est bonne et que, puisqu’elle crée de l’emploi, elle crée nécessairement de la sécurité. Notre animateur du Club des correspondants étrangers aurait pu alors en profiter pour demander à ses invités si cette flexibilité ne créait pas aussi une forme d’insécurité qui se traduit notamment dans certains phénomènes politiques (Brexit ou montée de l’extrême-droite en Suisse). Il aurait pu évoquer ce très bon score des Travaillistes britanniques le 8 juin qui montre combien une grande partie de la population est lasse de la précarité et des salaires désespérément faibles. Il aurait pu demander pourquoi le Royaume-Uni du plein-emploi est le deuxième pays en Europe après la Grèce à avoir connu la plus forte baisse des salaires depuis la crise. Mais non, ceci devait sans doute dépasser les bornes de la période de réserve des législatives.

Craignant donc le CSA, Weill enchaîne avec cette remarque : "on veut plus de flexibilité pour rendre les licenciements plus faciles et que les employeurs n’aient plus peur d’embaucher". Ah! La peur de l’embauche ! Voici un bel exemple de "pédagogie" comme les aime la pensée économique mainstream. Notre spécialiste ne se sera pas interrogé pour savoir si, avant la peur, la question de l’embauche ne dépend pas davantage du besoin de main d’œuvre et donc de l’activité économique. Et qu’il pourrait y avoir un problème de ce côté, comme le prouve la persistance de l’inflation faible en France comme en zone euro. Mais ceci n’est pas acceptable et d’ailleurs, la remarque citée en tête de ce paragraphe n’est pas une proposition, ni même une question, c’est simplement une affirmation. C’est comme ça, voilà tout. Ce faux "bon sens" est le principal moteur de l’orthodoxie économique. Et il s’impose par ce type de syllogismes simples, présenté comme des évidences.

La vraie question vient après : "ça peut passer ?" Peu importe donc si le discours est vrai, ce qu’il faut savoir, c’est : "est-ce qu’on va pouvoir l’imposer" ? Mais attention, notre journaliste étaye son doute : "parce que la France est marquée par des divisions idéologiques". Et ce, bien sûr, à la différence des autres pays du monde. Corbyn face à May, ce n’était pas idéologique. Lorsque l’UDC suisse pousse un référendum sur l’immigration, ce n’est pas idéologique. Non, c’est la France qui est divisée par des "idéologies". Tout dans cette phrase est délicieux. Elle suppose en effet que la réforme du code du travail est hors du champ de l’idéologie, qu’elle est donc dans celui de la vérité révélée, ce que confirme l’affirmation précédente. Elle nous dit qu’il n’y a pas de débat possible sur ce sujet, parce qu’il n’y a pas de débat possible sur la vérité révélée par Jupiter. Elle nous renseigne donc sur le niveau d’idéologie en action ce samedi de juin sur France Inter, en pleine période de réserve de la campagne des législatives…

De l'art du syllogisme

Viennent ensuite, après cette brillante introduction, nos correspondants qui ne font que confirmer les certitudes de Pierre Weill. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. "Le dialogue social est trop pris en charge par des institutions nationales", affirme la correspondante britannique qui ajoute qu’il faut qu’il soit pris en charge par les "entreprises". Mais attention, nous prévient-elle : "quand on dit entreprise, on pense souvent «patron», mais il y a aussi des représentants des entreprises, des délégués des salariés". Bien sûr, et cela existe déjà. Et c’est sans doute pour cela qu’il faut relever les seuils sociaux et fusionner les instances de représentation du personnel. On ignorera quelles sont les "institutions nationales" qui prennent en charge le dialogue social, mais on saura que ce dernier est de toute façon "inexistant"… à cause du "code du travail qui prend tout en charge" ! Il faut donc "simplifier le cadre".

Notre correspondante devrait parfois se rendre dans un Comité d’entreprise de PME pour comprendre que si, effectivement, il n’y a pas de dialogue social, ce n’est pas toujours la faute au code du travail. Parfois, il n’y a pas de représentants, même en dépit du code du travail, par crainte de représailles. Souvent, les représentants sont aussi ignorés que l’est le code du travail. Car, oui, dans une entreprise, il existe bel et bien un lien de subordination qui est au cœur du problème de ce dialogue social dans l’entreprise. Mais enfin, on ne va pas évoquer ces détails. D’ailleurs, son collègue suisse décrète : "s’il n’y a pas de dialogue social, c’est parce que la grève est préalable au dialogue". Mais oui. Les salariés français font grève d’abord, avant même de savoir sur quoi on dialogue. C’est comme cela en France : on aime faire grève sans raison. C’est une occasion de danser sur du bal musette et de manger de la baguette avec nos bérets et nos marinières. Décidément, le regard étranger est bien utile à notre réflexion économique.

"Les choses doivent changer", décrète donc notre Helvète et, ajoute-t-il, "tout le monde le comprend". Voilà donc l’affaire entendue. Pourquoi perdre de l’argent à organiser des élections législatives alors ? D’ailleurs, la preuve : "pendant sa campagne, le président y a fait allusion". Si Jupiter y a fait allusion, tout est dit. Et les 76 % de Français qui n’ont pas voté pour lui vont donc se rallier à cette évidence. Bon, un détail, il lui faudra une majorité parlementaire. On attend donc immédiatement le coup de sifflet de notre vigilant gendarme sur la "période de réserve", mais il ne viendra pas. De toute évidence, la Suisse connaît aussi sa pâmoison jupitérienne. Ne gâchons donc pas la joie de nos voisins alpins.

Enfin, la journaliste britannique évoque à son tour le "pragmatisme" de la réforme, ce qui confirme le schéma déjà décrit : tout ce qui est dans la réforme est vrai, tout ce qui n’y est pas est "idéologique". C’est donc parfait, le contrat est rempli. On ne saura rien vraiment sur la "flexi-sécurité", sur la situation réelle en Suisse ou au Royaume-Uni, sur les liens entre réforme et croissance, sur l’absence de structures économiques comparables. Bref, on ne saura rien d’autres que ce message simple : la "réforme" est bonne, mangez-en et d’ailleurs, elle est en tête des ventes à Londres et à Berne. Un bien bel exercice de publicité qui aura apporté son écot à un débat déjà dense dans le paysage médiatique français.




La "macronolatrie" a décidemment une incroyable force de frappe !
Pauvres de nous  :( :( :( :( :( :(
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