Auteur Sujet: Jean-Michel Blanquer, ministère de l'Education nationale  (Lu 509 fois)

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Blanquer: de $arkozie en Macronie, le retour avec promotion.

J'ai trouvé parmi les articles, celui-ci qui me semble le plus clair et le moins "oublieux" pour le moment.

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Jean-Michel Blanquer, un spécialiste marqué à droite à l’éducation nationale

Le directeur de l’Essec, âgé de 52 ans, a été deux fois recteur et numéro deux rue de Grenelle. Sa vision des réformes promises est « Macron compatible ».


LE MONDE | 17.05.2017 à 15h51 • Mis à jour le 18.05.2017 à 07h43 |  Par  Mattea Battaglia et Aurélie Collas   

L’« ère Blanquer » au ministère de l’éducation a démarré sous trois auspices. Trois mots-clés que le nouveau locataire de la rue de Grenelle a égrenés, mercredi 17 mai, au long de son premier discours : « République », « excellence », « bonheur ». Un attelage hétéroclite que d’autres notions sont venues compléter : « respect », « confiance », « innovation », « responsabilité »… Face aux défis de l’école, « la démarche moderne que nous devons avoir au XXIe siècle » se doit, pour le nouveau ministre, d’être fondée sur la « science », l’« expérience », l’« évaluation ».

Le ton est indubitablement plus froid, plus distancié que celui par lequel sa prédécesseure, Najat Vallaud-Belkacem, avait un peu plus tôt clos ses 993 jours au ministère. Mais pas moins assuré : Jean-Michel Blanquer, 52 ans, est à l’hôtel de Rochechouart en terrain connu. Il y a été le « numéro 2 » sous la droite, entre 2009 et 2012, au poste de directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco). Un « ministre bis » aux côtés de Luc Chatel, que l’on disait alors peu au fait des réalités scolaires. Il y a conservé des soutiens, des fidèles. Bref, des repères.

Pour la communauté éducative, c’est aussi un personnage connu, et pas seulement parce qu’il dirige depuis quatre ans l’Essec, l’une des plus grandes écoles de management françaises : Jean-Michel Blanquer reste, aux yeux des enseignants, celui qui a fait appliquer la politique éducative sous le quinquennat de Sarkozy, une période marquée par les coupes budgétaires et un discours très dur à l’encontre des fonctionnaires. Et l’inspirateur d’évaluations en maternelle qui avaient, à l’automne 2011, provoqué un tollé.

Un expert, un technicien

Tout au long de sa carrière, ce diplômé de philosophie, agrégé de droit – le plus jeune de sa génération –, a occupé de hautes fonctions d’administrateur au sein de l’éducation nationale. S’il fallait le ranger dans une catégorie, ce serait moins celle du politique – il n’a jamais assumé aucun mandat électif – que de l’expert, du technicien.

Ce fils d’une enseignante anglaise et d’un avocat parisien accède, sous la droite, à des postes de premier plan : il est nommé recteur de Guyane à 40 ans, en 2004. « Tu seras le seul recteur à avoir une pirogue de fonction », lui aurait-on glissé pour lui « vendre » ce premier poste. L’année suivante, il est pressenti comme ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement de Dominique de Villepin, mais il sera finalement directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien.

Il prend, en 2007, la direction de l’académie de Créteil, l’une des plus vastes et des plus difficiles de France métropolitaine. Il s’y forge la réputation d’un recteur bouillonnant – l’« hyperrecteur » –, donnant son feu vert à tous types d’expérimentations. Celles-ci germent sur ses terres, autant (ou presque) que les polémiques.

Ce sont les débuts des internats d’excellence pour élèves méritants issus des milieux défavorisés. Les débuts, aussi, de la « mallette des parents » ou du « cartable numérique » pour les collégiens, le développement des microlycées… Sans oublier la « cagnotte » pour les décrocheurs censée inciter les lycéens à plus d’assiduité. Payer les jeunes pour qu’ils ne sèchent pas les cours ? Le projet met en émoi la communauté éducative.

Un homme pragmatique

En homme pragmatique, le recteur Blanquer fait évaluer ces expériences par l’Ecole d’économie de Paris. Une méthode qu’il défend : le pilotage par la science et les résultats. C’est aussi celle qu’il continue à employer en tant que directeur général de l’enseignement scolaire, fonction qu’il quitte en 2012, remercié par la gauche.

Avant l’Essec, où il s’installe en 2013, son regard se porte vers l’Institut d’études politiques de Paris (IEP) qui pleure son directeur Richard Descoing. Sa candidature, parmi une vingtaine d’autres, ne sera finalement pas retenue, mais Jean-Michel Blanquer a su l’imposer dans la « short-list » finale, avant que l’énarque Frédéric Mion ne soit nommé.

De lui, peu de choses filtrent : on connaît sa passion pour l’Amérique latine, son amitié avec le maire (LR) de Troyes François Baroin, son soutien à l’ex-institutrice innovante Céline Alvarez, guère plus. Ses références au philosophe Edgar Morin – qui a donné son nom à la « chaire de la complexité » inaugurée à l’Essec – comme au neuroscientifique Stanislas Dehaene. Et son goût, certain, pour l’écriture.

En 2014, vingt ans après un premier essai sur l’ENA, il publie L’Ecole de la vie puis, en 2016, L’Ecole de demain (tous deux chez Odile Jacob), accueillis comme un programme ministériel assumé. Son projet pour l’éducation prend également corps dans les médias. Sur France Info, à l’émission « Moi président » fin 2016, il explique que sa mesure phare porterait sur l’école maternelle. Dans un entretien à L’Expansion en décembre 2016, il s’exprime comme s’il s’apprêtait déjà à revenir au ministère de l’éducation nationale.

« Une troisième voie »

Dans l’entre-deux-tours de la campagne présidentielle, Jean-Michel Blanquer a, sans le nommer, pris position contre le Front national. Sur Twitter le 3 mai, il mettait en garde ses étudiants de l’Essec « si la France devait prendre [le 7 mai] un chemin contraire à cet idéal ». Le lendemain, dans Le Point, il consacrait sa chronique à interroger « une troisième voie en éducation ».

Son programme tel qu’il transparaît dans son dernier ouvrage – élaboré avec l’aide de l’Institut Montaigne, un think tank libéral – est indubitablement « Macron compatible ». Au point qu’on peut se demander si M. Blanquer n’en a pas été l’un des principaux inspirateurs. On y retrouve la priorité aux premières années de la scolarité et la proposition de diviser par deux la taille des classes dans les zones d’éducation prioritaire.

On y retrouve aussi les stages de remise à niveau, l’été, pour les élèves en difficulté, les études dirigées le soir pour les collégiens, une réforme du baccalauréat, un principe d’autonomie très fort… Autant de promesses de campagne du candidat Macron.

A le lire, l’éducation nationale n’est pas un « mammouth » irréformable ; il préfère à cette image un peu galvaudée celle du « diplodocus », « avec un grand corps et une petite tête » précisait-il à la presse à la rentrée 2014. On verra dans les prochains mois s’il parvient à mettre en musique les promesses de campagne d’Emmanuel Macron face auxquelles les syndicats d’enseignants semblent déjà prêts à serrer les rangs

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/05/17/jean-michel-blanquer-un-specialiste-marque-a-droite-a-l-education-nationale_5129208_823448.html#8D7bFVeXjTAUByst.99
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Re : Jean-Michel Blanquer, ministère de l'Education nationale
« Réponse #1 le: 19 mai 2017 à 23:37:18 »
Article fort clair


Mais un détail à souligner :

En cachette, la sulfureuse association SOS Education efface tous ses liens avec le nouveau ministre de l’Education nationale

et au delà du titre un peu "pute à clic" (même si vrai) TOUT l'article est instructif !
et les liens aussi , ce "Ministre de l'éducation" est plus caricatural que ce qu'on aurait jamais pu imaginer en fait !!
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Re : Jean-Michel Blanquer, ministère de l'Education nationale
« Réponse #2 le: 06 octobre 2017 à 06:35:18 »
( Réflexion préalable sur le message qui s'affiche au bout de 120 jours de non-fréquentation du fil = Oui oui, ténébreuse machine, person n'a causé dans le poste fofo du grand Blanquer depuis une tralée, je sais bien !...., et pourtant justement, ô administrateurs, dans la plupart des cas où ce message s'affiche, il n'est pas question d'ouvrir un nouveau fil comme si tous les fils étaient issus de faits-divers devant tomber dans l'oubli..., et "répondre" étant la seule option..... :] ).

Bon. Ceci posé, je m'en vais faire un autre préalable, en fait genre tuyau de poêle, marabout-bout de ficelle etc. Certes un ministre peut à lui tout seul, ô combien, mériter un fil et notamment d'opprobre, mais c'est quand même bien sa spécialité gouvernementale qui est centrale, non ?

[Ayant à partir d'ici perdu une page entière par je ne sais quelle manip calamiteuse, je reprends très en gros et résumé (ça va en soulager quelques-uns...) mon propos disparu.]

Avant donc d'aborder Blanquer, sur lequel j'ai quelques mentions à faire, - voulant me référer au "programme" de Macron, je notais tout d'abord que l'on ne pouvait répondre sur le forum au  rappel des promesses menaces préélectorales macronistes en matière d'éducation (ou autres d'ailleurs), donc là où les discussions sur le corpus programmatique en soi  auraient eu leur vraie place me semble.

Ensuite et très longuement, je repartais sur mon antienne, ma manie diront certains (et ils n'ont pas fini), qui est de mettre en regard, sur tout thème et donc ce thème de l'éducation, le Rapport Attali, dont je persiste à dire que sa réalisation à peu de choses près exhaustive est le seul et unique but poursuivi par notre jupiyuppie depuis son retour aux affaires publiques le 15 mai 2012.

Je vous donnais des exemples, j'avais fait de multiples copier-coller, auxquels vous échappez donc désormais, après vous avoir dit globalement que le projet Attali-Macron de 2007 pour l'ensemble du système éducatif avait, sous couvert du discours melliflu habituel, pour caractéristique principale un formatage des gosses en vue de leur inclusion en entreprises, démarche dont je sortais deux éléments-phare :

A) Un tri des gosses dès le plus tendre âge de la crèche ou de la nounou, entre gagnants potentiels et futurs gens de rien, de par, pour faire bref, une formation supplémentaire permettant aux éducateurs de crèches ET aux assistantes maternelles (dépendant des Conseils Généraux, au fait...) , en gros, de détecter les "carencés", sans dire quels moyens seraient par exemple mis à disposition d'une assistante maternelle pour traiter son petit mistral perdant   :diable: à elle une fois détecté... Cela aboutit à une EVALUATION des gosses avant même l'âge de la maternelle, ladite évaluation en maternelle n'ayant pas été en 2011 attribuée à son véritable auteur. Je cite le Rapport Attali, pour donner l'ambiance :

............." Au total, quand ils arrivent à l’école primaire, les enfants présentent des différences en termes d’éveil, de maîtrise du vocabulaire, de capacité d’écoute, d’aptitude à retenir, etc. L’école primaire ne permet pas de réduire les difficultés décelées à la maternelle. Les facteurs de base de la croissance sont alors irréversiblement en place [ ????  :| ].
La prise en charge très tôt des enfants est par conséquent primordiale. Pour cela, il est fondamental de se donner des obligations de résultats en termes d’éveil des comportements [  :gehe: ???? ] pour les enfants dès la crèche ou la garde chez des assistantes maternelles "....................


On jugera des meilleures intentions du monde par ailleurs étalées par le bon docteur dans cette "décision 1 " de son pavé qui en contient 316, en notant qu'au delà des connaissances requises au terme du primaire, Attali ajoute dans sa "décision 2" un corpus supplémentaire d'apprentissages que nos groupes de futurs gens de rien   :gene3: risquent d'avoir du mal à ingurgiter en plus :

............." Dans ce socle [des connaissances de base pour le primaire], rien n’est dit sur la maîtrise d’Internet, la capacité à travailler en groupe, la maîtrise de l’anglais, le développement de la créativité ou l’apprentissage de l’économie. Tous ces objectifs doivent être introduits sans pour autant alourdir la charge scolaire des enfants. L’apprentissage de l’anglais et l’usage d’Internet doivent être développés massivement dès le primaire. L’apprentissage d’Internet passe par la mise à disposition des outils dont il sera question plus loin. Internet permet de privilégier davantage des méthodes d’enseignement susceptibles de développer la créativité, le questionnement, l’expérimentation et le travail de groupe. Il permet aussi de faciliter le développement d’aptitudes spécifiques (linguistiques, informatiques, artistiques, sportives, créatives) autant que les connaissances académiques, et de faire de l’échec une façon d’apprendre et non de punir.

L’enseignement de l’économie doit être aussi, dès le primaire, concret, positif, et exigeant sur les dimensions éthiques, sociales et écologiques de la croissance. Il devra expliquer le rôle du travail, de l’entreprise et de l’entrepreneur, montrer que le scandale est dans la pauvreté plus que dans la richesse, dans les injustices plus que dans les inégalités. Il devra expliciter le rôle relatif de la concurrence et descollectivités publiques dans la création et la répartition des richesses "......


Je vous disais que la tonalité de tout cela rappelait furieusement  certains items du torchon BENISTI  :rougefache: , paru 2 ans auparavant me semble, aux fautes d'orthographe et à la "courbe de la délinquance" près. Alors évidemment, ce tri de l'âge des couches culottes, présumant de voies de parking soit officielles soit "de fait" tout au long de la scolarité, se poursuit dans le rapport ATTALI pour  le primaire et le secondaire, par le truchement du choix absolu par les parents des lieux de scolarisation des mômes, l'évaluation des enseignants via les "performances" des élèves, le plus d'AUTONOMIE des établissements scolaires et universitaires (qui peut être identifié à un inversement de la hiérarchie des normes dans le domaine éducatif, la Loi nationale d'organisation des scolarité et programmes étant supplantée par l'organisation "locale" ou idéologique), l'évitement du redoublement (ça, Blanquer ne l'a pas repris....), etc etc, et,  une ORIENTATION hyper renforcée à partir de la classe de quatrième du collège.

B) L'entreprise en lien permanent avec l'école dès le collège, et à l'université. Là, Attali n'y va pas avec le dos de la louche dans sa "décision"N° 8, citons encore :

" Développer les stages en entreprises.

Pour améliorer l’orientation, les élèves comme les enseignants doivent apprendre à mieux connaître le monde de la création, de l’entreprise, de la recherche.
Chaque collégien effectuera à partir de la 4e une semaine de stage par trimestre (au lieu de 2 à 5 jours par an comme actuellement), dans des entreprises ou des associations en liaison avec les régions, les pôles de compétitivité, les chambres de commerce et les chambres de métiers. Une des missions des seniors restés en entreprise ou dans une association sera l’accueil et le tutorat de ces jeunes. Un tel dispositif pourrait être mis en place progressivement sur 5 années afin de permettre aux petites et moyennes entreprises de s’organiser".


...... laïus qui suivait l'argumentaire de la "décision" N° 7 :

" Refonder l’information sur l’orientation sur les carrières et prendre davantage en compte les aptitudes non académiques "................." L’orientation est aujourd’hui le privilège des enfants dont les parents sont les mieux informés, en particulier des enfants d’industriels, de professeurs et de cadres. Elle doit être faite de façon plus efficace, beaucoup plus adaptée aux exigences de la société d’après-demain et des connaissances.
De plus, l’orientation des élèves dans l’enseignement secondaire et le recrutement dans le supérieur restent concentrés sur des critères purement académiques (carnet de notes, capacité à apprendre par coeur des connaissances et à les restituer, etc.). Les modes d’orientation doivent désormais prendre en compte leurs résultats dans la durée, apprécier la motivation, l’ensemble de leurs aptitudes, la créativité, le dynamisme, les dons particuliers à chacun, en tenant compte de leur environnement personnel. ".....


Juste pour le fun, en vous en parlant, j'imagine un collégien puis lycéen de la Creuse ayant jusqu'à son bac passé 15 semaines de sa scolarité en stage chez GM&S, ou le même de la Somme chez Whirlpool......
  :mdr3: :mdr3: :mdr3:

Pour l'université, les "décisions" du bon docteur ont déjà pour certaines connu un début d'application, ou des expérimentations, pour certaines autres elles restent en friche..., à voir ! Citons en vrac la validation comme année de cursus universitaire d'une année de stage en entreprise française ou étrangère, l'aide aux étudiants pour concilier travail et études, la collaboration des entreprises aux bourses et aux organisations de stages, les aller-retour travail/études facilités aux étudiants, etc. Mais citons aussi ce qui a été le mieux exécuté sous Sarkozy avec Pécresse, puis avec Hollande (Loi 2013-660 du 22 juillet 2013), à savoir l'Objectif 5 regroupant les "décisions" : Renforcer l'autonomie des Universités, Développer les financements privés, Créer des pôles "Université des Métiers", etc, toutes marches de l'escalier constituant la même intrusion de l'entreprise et du projet d'entreprise dans le domaine de la recherche  :rougefache:  :rougefache:.

Précisons que depuis sa reprise d'affaires conseillères avec l'élection de sarko en 2007, Attali s'est toujours en outre coulé dans le moule des exigences de l'UE vis à vis de la France, et notamment s'est adapté, en le développant, au Programme de Réformes pour la France concocté par le Conseil et la Commission de l'UE (Programme septennal, nous sommes dans le 2014-2020, et bisannuel, nous sommes dans le 2017-2018 et le 2016-2019  :diable: ).
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Voici donc le bréviaire attalo-macroniste pour lequel Blanquer a été choisi comme héritier, afin de parfaire le boulot déjà réalisé depuis 2007. Il n'y a aucun doute sur le fait que ce choix soit éminemment judicieux du point de vue de ses commanditaires  :naah: , et que ce ministre exécute tout à fait fidèlement la doxa réelle du pouvoir actuel, en absolue continuité d'avec les deux précédents, à savoir "poursuivons, et même accentuons, l'élitisme à tous crins dans l'éducation".
Mais si j'interviens là sur ce fil Blanquer, c'est parce que les mentions qui y sont jusqu'à présent portées me semblent ne pas rendre justice à la contribution du ministre chouchou, en vue de l'explicitation de ce qu'Attali n'avait introduit qu'implicitement sur le thème éducation, c'est à dire, "l'école privée fait tellement mieux !!!!". Rajoutons : "Tout se joue avant 6 ans, et là, l'école privée fait tellement mieux" !

De quoi s'agit-il ? Eh bien, sur sa fin de parcours gouvernemental, N. Vallaud Belkacem, enthousiasmée par la pédagogie MONTESSORI, et les résultats apparents de l'expérimentation de celle-ci par Céline Alvarez, avait créé un, je vais dire groupe de réflexion et suivi incluant les très gauchistes Institut Montaigne et Jean Michel Blanquer, groupe notamment chargé de réfléchir à une extension voire généralisation des maternelles MONTESSORI à l'éducation nationale. Ce groupe est flanqué d'une association pompeusement intitulée Eclore, laquelle fin 2016-début 2017 fit oeuvre d'un lobbying très offensif pour l'introduction de la pédagogie Montessori dans le secteur public. L'idée de son prédécesseur passe à la trappe au milieu du bazar des pré-présidentielles et présidentielles, mais J-M. Blanquer une fois installé dans le fauteuil de miss Najat nous le ressort avec insistance, avec ferveur même nous dit-on, fin juillet 2017 :

https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/310717/la-bonne-pioche-blanquer-invoque-l-esprit-montessori

Extraits : ...." La semaine dernière, le nouveau ministre de l'Education nationale s'en est encore pris ouvertement à ''l'égalitarisme'' et mezzo voce au ''pédagogisme'' tout en invoquant avec ferveur ''l'esprit Montessori''..."....." Critiquant à mots couverts le pédagogisme qui prévaut dans l'Éducation nationale depuis plusieurs décennies et qui a connu son acmé avec Najat Vallaud-Belkacem, Jean-Michel Blanquer précise sa pensée : "Le vrai ennemi du service public, c'est l'égalitarisme ; son ami, c'est la liberté. La liberté bien conçue favorise l'égalité'' » "....." En revanche, l'invocation de « l'esprit Montessori » appartient en propre à Jean-Michel Blanquer : un signe des temps, de notre temps ?  « Je suis pour la créativité, la diversité des expériences. Je ne dis pas que Montessori doit être appliqué partout. D'ailleurs c'est plus l'esprit Montessori, qui doit être revisité, dans des modalités qui doivent évoluer. Au-delà du génie pédagogique qu'était Montessori, c'est sa démarche qui est importante [...]. Au lieu de voir ces expériences menées dans l'école privée comme bizarres, voire inquiétantes, j'aimerais à l'avenir qu'elles puissent être inspirantes pour le service public » ( « Matins de France Culture », 27 juillet 2017)".

Dans la même période, les radios de service public, dont très notamment France Culture ci-dessus citée, qui en a fait des tonnes en la matière, nous ressortent Céline Alvarez pendant des heures entières, que la ci-devante conclut d'une voix tremblante d'émotion, puisqu'on vient de lui demander ce que cela lui ferait, si on lui demandait de nous coller MONTESSORI massivement dans les maternelles de l'éducation nationale "ah, ce serait la réalisation de mon plus beau rêve !"... Ben tiens !  :diable:

Alors, en préalable à tout autre considérant, il faut noter que les "écoles Montessori" en France se trouvent dans le secteur privé (environ 200 écoles) - et que la pédagogie Montessori les met dans le camp des "écoles alternatives", celles qui vont plus ou moins à rebours des programmations Education Nationale.
Sans passer en revue les nombreuses (mais de taille très réduite) expériences  d'école alternative dans le monde occidental, on relèvera deux types de doctrines radicalement opposés, ceux axés sur l'individualité, et rien que l'individualité/individualisme de l'enfant, et ceux qui au contraire misent principalement sur le collectif auquel est proposé une autre manière d'apprendre, ou d'apprendre à apprendre.
Les écoles MONTESSORI (et les "Summer Hill", très proches, et très en vogue après 1968) font partie des "individualistes" du 1er groupe, les expériences "Célestin FREINET" sont eux du second groupe "collectif".

La pédagogie Montessori s'exerçant d'abord auprès du très jeune enfant, la première approche ultra individualiste de la scolarisation par celui-ci peut être maîtrisée dans l'école privée, par création de classes supplémentaires allant par étapes vers des actes collectifs d'apprentissage, mais cet aménagement des CP, (et parfois CM) est impensable dans le secteur public. Par contre, une programmation d'effort particulier portant sur le tout jeune enfant dans le secteur public s'accommode tout à fait et sans coûts notoires supplémentaires de la pédagogie Freinet, le collectif de maternelle passant sans douleur au collectif du primaire.

Mais notre pote Blanquer  :]  n'en démord pas..... il nous faut du Montessori, si ce n'est pur, du moins le saint esprit Montessori. Or, c'est un marché, la méthode globale, et le produit Montessori, et il coûte la peau du râble en investissement et en fonctionnement.... , donc si Blanquer tient bon, son passé à l'Education Nationale nous montre d'ores et déjà qu'il déshabillera Jennifer et Steve pour vêtir de lin blanc Marie-Charlotte et Pierre-Edgar. C'est en d'autres termes plus courroucés que nous le dit en mars 2017 Paul Devin, Inspecteur E.N., syndicaliste FSU :

https://blogs.mediapart.fr/paul-devin/blog/160317/montessori-fer-de-lance-de-la-marchandisation-du-service-public-deducation

Extraits : ................" L’association Éclore démarche actuellement des recteurs pour leur proposer un projet expérimental en classe maternelle. Elle prétend avoir le soutien du cabinet de la ministre, ce qui reste à vérifier, et avoir recueilli l’avis favorable de plusieurs académies."............" Dans l’apparence du discours tenu, il s’agit de mesurer objectivement les effets de cette pédagogie et on pourrait se réjouir d’une telle tentative d’objectivation dans un contexte où les croyances, les préjugés et les stratégies de l’entre soi social suffisent souvent à promouvoir la pédagogie Montessori.  Dès la présentation de l’opération, le doute s’installe sur l’objectivité des intentions.".............." Le développement pédagogique du projet sera confié à Charlotte Poussin, auteure de plusieurs ouvrages de promotion de la pédagogie Montessori et ancienne directrice d’école privée Montessori. Sa notice biographique sur le site de l’Association Montessori de France, adhérente à l’Association Montessori Internationale nous indique qu’elle « est motivée pour faire connaître la philosophie Montessori aux familles et aux professionnels de l’éducation afin de contribuer au renouveau du système éducatif français »"...................." Sa présidence est confiée à Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne et président de l’association « Agir pour l’École » qui avait soutenu et financé le projet de Céline Alvarez à Gennevilliers. Ceux qui seraient tentés de défendre les pédagogies alternatives au nom de la liberté pédagogique devraient se méfier. Laurent Bigorgne a une conception particulière de la liberté pédagogique car il estime que seules les méthodes éprouvées scientifiquement sont légitimes.".............." Le reste du comité directeur (Jean-Michel Blanquer, Nicolas Froissard, Olivier Brault, entre autres) confirme que le projet Éclore est l’instrument d’un groupe de pression dont les intentions habituelles sont claires : développer des alternatives aux services publics ".................." Évidemment, dans cette promotion de la méthode Montessori, les enjeux marchands sont là, déjà parce que le matériel d’enseignement est suffisamment normé pour ouvrir une niche spécifique mais surtout parce que le potentiel financier offert par le transfert de la formation des enseignants au privé est élevé. "...

Mais peut -être la fabrication d'un "élève nouveau"susceptible de devenir l'homme nouveau (je n'ai pas dit citoyen) de la révolution attalo-macroniste, est-elle plus importante que ces considérants de moyens..... "Causeur" nous en cause, et bien que cette publication ne figure pas parmi mes favorites, j'admets, comme c'est bas, que le titre "Méthode MONTESSORI : la fabrique du crétin libéral"   :diable: de la contribution (avril 2017)  m'a réjouie... :

https://www.causeur.fr/ecole-methode-montessori-celine-alvarez-143865

, et que la conclusion rejoignait  tout à fait les miennes, pourtant évidemment bien moins éclairées :

........." La diffusion de la méthode Montessori convient donc parfaitement à l’État libéral. Elle signifie l’abandon de la suprématie des programmes unificateurs et contribue à l’éclatement de l’Éducation nationale. D’abord par la municipalisation (vers laquelle la réforme des rythmes scolaires a été un pas important), puis, in fine, par la privatisation. Cette dernière tendance annonce tout autant des économies budgétaires que l’ouverture d’un marché prometteur".

Et on dira merci qui ?   :diable:  :diable:


« Modifié: 06 octobre 2017 à 20:42:16 par old machin »