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Grenoble : un cas particulier
« le: 27 mars 2014 à 09:41:02 »
Et oui, le premier tour des municipales n'est pas QUE la montée du FN, qui nous est resassée ad nauseam dans les medias  :hehe: :hehe: :hehe: Il se passe à Grenoble des choses vraiment intéressantes :

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Et Copé intervint en duplex. France 2 venait de livrer une volée de résultats de municipales impossibles à interpréter, quand arriva Copé, en direct de Meaux. Ah tiens oui, à propos, Copé était candidat à Meaux. Et réélu. Dès le premier tour. Avec 64% des voix. Réélu au premier tour, comme Woerth à Chantilly, ou Balkany à Levallois. Copé, Woerth, Balkany. Eclatante démonstration de la résignation de l'électorat aux tripatouillages, aux arrangements, aux villas de rêve aux Antilles, au personnel municipal larbinant au domicile du maire, aux bureaux d'études copains. Il ne s'est pas trouvé, à Meaux, Levallois et Chantilly, assez d'abstentionnistes de gauche pour trouver l'énergie d'aller jusqu'au bureau de vote, barrer la route à ces maires impliqués dans les "zaffaires". Si Buisson avait été candidat, qui peut jurer qu'il n'aurait pas été élu ?

Résumons les choses. La majorité se prend 1) une gifle 2) une branlée 3) un sérieux avertissement. Rayez les mentions inutiles, et souvenez-vous des précédentes municipales : le film était le même, avec appels au remaniement, effroi devant "la montée du FN". Quand on dit "la majorité", ce n'est pas tout à fait exact. EELV limitant les dégâts, c'est plutôt le PS seul, qui se prend la baffe. Aux historiens qui se pencheront un jour, avec un peu de recul, sur l'histoire du PS dans le dernier demi-siècle (rien que ça), il incombera d'expliquer cette malédiction "mollettiste" du socialisme français, de Mitterrand à Hollande en passant par Jospin, éternellement élus avec des trémolos anti-finance, et appliquant éternellement, une fois élus, la politique de l'Allemagne et des marchés. Ce qui n'empêchera pas les mêmes électeurs, à la prochaine présidentielle, de succomber aux prochains trémolos anti-finance de Hollande, ou d'un autre.

Eternellement ? Allez, une note d'optimisme. Vous avez entendu parler de Marseille, de Hénin-Beaumont, de Paris 14e, de Béziers, de Beaucaire, d'Avignon. Avez-vous, dans les soirées télé électorales, entendu parler de Grenoble, où une alliance EELV-Parti de Gauche, menée par un certian Eric Piolle dont la biographie n'est pas sans rappeler un certain Hubert Dubedout, est arrivée en tête (29%), devant le candidat PS-PC (25%) ? Comme je sais que la réponse est non, et comme je crois deviner que le sort de Grenoble pourrait bien vous intéresser dans la semaine qui vient, je ne saurais trop vous conseiller, pour vous mettre à jour, la lecture de cet excellent reportage de Mediapart sur cette ville qui fut "le laboratoire de la gauche", et pourrait bien le redevenir. On en reparlera.


Et ils en ont reparlé, comme ce n'est accessible que durant 24h, je vous le mets en intégralité grâce au spoiler  :ange:

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Une journée à Grenoble avec les militants d'Eric Piolle
Anticor, Amnesty, RESF : le Vert-surprise qui a tout pour lui



"Comme on dit ici, c’est Grenoble". Entendez : on ne fait rien comme tout le monde. La tournure prise par les municipales ne déroge pas. Dimanche, on a vu la liste qui rassemble les Verts, le Parti de gauche et des mouvements citoyens arriver en tête au premier tour devant la liste des socialistes et des communistes. Une première. Mardi, au terme d’un long suspens, les socialistes décident de se maintenir malgré les consignes inverses de Paris. Une rébellion. Et demain ? Grenoble sera-t-il le théâtre en plein air des prémices de la recomposition à gauche ?

"Alors, les listes fusionnent ou non ?" Question entendue cent fois dans la journée. Enfin jusqu’à 15 heures, lorsque tombe le couperet : Jérôme Safar, tête de la liste des socialistes et des communistes, a décidé de se maintenir au second tour des élections municipales à Grenoble. Des sifflets volent sur la place où les partisans de la liste des Verts, du Parti de Gauche et des citoyens distribuent tracts et croissants. "C’est la guerre !" La guerre de l’entre deux-tours ? "Non, la guerre tout court, me précise un militant. On va devoir gérer une ville alors que le PS est partout, au Conseil général, à la Région…" et accessoirement au pouvoir depuis deux ans.


Pas de doute : ils sont sûrs de leur victoire. La liste conduite par Eric Piolle est arrivée en tête dimanche dernier et compte bien réitérer l’exploit. Ou tout du moins la surprise : le dernier sondage en date du Dauphiné libéré donnait gagnant Safar à 25% contre Matthieu Chamussy (UMP) à 20%, Piolle à 15% et Mireille d'Ornano (FN) à 10%. Soit dix points d’écart entre les deux listes de gauche. Huit selon un sondage France 3. Mais ici on se défend de tout exploit : cette première place n’est pas une prouesse mais la suite logique d’un long mouvement. Une manière de penser la politique autrement incarnée par Piolle. On me le présente comme un rassembleur. L’homme séduit. Un coup d’œil sur sa bio et on découvre qu’il a tout pour lui : ancien cadre pour un groupe informatique – Hewlett-Packard d’après Mediapart – il est licencié en 2011 pour s’être opposé à un plan de délocalisation. Sa carrière dans le business lui vaut d’être qualifié de droite par les socialistes.

Côté transparence, Piolle a signé la charte Anticor et, à ce titre, a publié avant l’heure sa déclaration de patrimoine. Il roule dans une Renault qui ne vaut pas bézef : moins de 5 000 euros. D’ailleurs on le croise plutôt à vélo dans les rues de Grenoble. Il a également signé l’appel des élus locaux qui disent stop aux paradis fiscaux. Il est membre d’Amnesty International depuis qu’il est lycéen, engagé auprès du Réseau éducation sans frontière et co-fondateur du collectif Roosevelt 2012 avec Pierre Larrouturou, aujourd’hui chef de file du Parti Nouvelle Donne.

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Pour autant, Piolle n’est pas un bleu en politique. Il s’est présenté aux législatives après la dissolution de 1997, sans succès. Larrouturou raconte que Piolle a toujours chez lui les affiches de la campagne menée en commun sur le thème de la semaine de quatre jours. Leur rencontre ne date pas d’hier : alors qu’il était étudiant à l’Institut National Polytechnique de Grenoble, Piolle a invité Larrouturou pour une conférence sur le chômage. Ce dernier ne tarit pas d’éloges : "Eric compte vraiment sur l’intelligence des gens et sur le travail collectif". Pour preuve : son poste de co-président du groupe des 37 élus écolos à la Région Rhône-Alpes qu’il prend à cœur. Et qu’il quittera évidemment s’il est élu maire car, oui, Piolle est pour le mandat unique. Tout pour lui, on vous dit !

L’exploit est pourtant à chercher ailleurs. A la lecture du reportage de Mediapart cité plus haut, on s’interroge sur cette alliance incongrue : comment les Verts ont-ils pu constituer une liste avec le Parti de gauche, en dépit du fossé idéologique et politique ? Mediapart rapporte qu'Élisa Martin, deuxième de liste, ne peut s'empêcher d'écarquiller les yeux lorsque Éric Piolle cite à la tribune la place Tien An Men, Pierre Mendès France, Simone Veil, "des figures assez éloignées du panthéon de la gauche mélenchoniste qu'Élisa Martin incarne à Grenoble". Au-delà des images, ne sont-ils pas chien et chat sur à peu près tous les sujets ? "C’est vrai qu’il y a eu débat sur tout lorsque nous avons élaboré le programme" me confie Vincent Comparat, membre de l’ADES – association pour la démocratie, l'écologie et la solidarité et mouvement politique local engagé auprès des Verts et du Parti de Gauche. "On a même discuté de la couleur des petits points sur l’affiche ! Mais à partir du moment où le programme a été adopté par tous, après consensus, nous nous sommes accordés".

L’alliance ne s’est pas faite en un jour : le rapprochement est à l’œuvre depuis un an et demi et a été facilité par l'association ADES qui a fait le lien. J’ai beau chercher des points de dissension pendant ma journée passée auprès des militants et des colistiers, je fais systématiquement chou blanc. L’équipe semble unie autour de son projet. Une colistière écolo est même inquiète pour les colistiers du PG en cas de fusion : resteront-ils sur la liste ? "Je ne suis pas du Parti de Gauche mais il est hors de question qu'ils partent". Comparat s’emporte contre tous ceux– médias ou militants– qui considèrent Piolle comme tête de liste EELV : "non et non, il est tête de liste du rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes, c’est toujours comme ça qu’il s’est présenté."


Pas de dissension donc, mais une tension qui monte tout au long de la journée. Faut dire qu’on est suspendu à la décision de Safar qui se fait attendre. Pourtant, mardi à dix heures, l’ambiance au local est calme. On apprend que Piolle et Safar sont réunis en tête-à-tête. Une conférence de presse doit se tenir trois heures plus tard. Des discussions de la nuit, rien ne filtre. Des sympathisants entrent dans le local pour poser "la" question : fusion ? Des épaules se lèvent. "Bah, de toute façon, il faut que les socialistes dégagent" lance l’un d’eux. Un autre se dit "déçu du pouvoir PS local et national". Une équipe de Public Sénat nous rejoint : "ah la presse parisienne est là ! Bonne nouvelle !" La journaliste sourit : "ça nous permet de parler d’autres choses que du Front national". Cela dit, je n’ai guère croisé de médias nationaux, mais surtout des confrères locaux.

En attendant la fusion (ou non), je pars en expédition collage avec Jérôme, Ali et Bettyna. Les affiches de l’UMP sont recouvertes en un tour de main. "T’inquiète, dans deux minutes, ils vont passer les arracher". Pour autant, la droite n’est pas dans les préoccupations de mes sympathisants écolos malgré ses 20,86% des voix. Avec Alain Carignon en neuvième position sur la liste – une position éligible donc – l’UMP est discréditée. Le retour de l'ancien ministre, "homme le plus condamné de France", est mal vu, même à droite. Chamussy aurait d’ailleurs tout fait pour empêcher l’ancien maire de Grenoble (de 1983 à 1995) d’accéder en bonne place sur sa liste. "Il n’a plus de mandat mais il est toujours aux affaires" me dit Jérôme. "Il était l’un des visiteurs du soir de Sarkozy pendant la présidentielle. Aujourd’hui il vise la tête de liste aux régionales. Il fait d’ailleurs partie de la commission d’investiture à l’UMP…"

Grenoble

Mais la droite risque-t-elle de gagner en cas de quadrangulaire ? Les trois compères n’y croient pas. Ils n’auront pas le report des voix du Front national, eux aussi qualifiés, mais éventuellement celles de la liste divers droite qui fait un peu plus de 3%. Et le Modem ? Tout est possible. Ce n’est pas un Modem très à droite, me dit Jérôme. Il avait d’ailleurs fusionné avec les socialistes lors des précédentes élections. Mais comme cette fois-ci il recueille moins de 5%, le PS n’a pas pu négocier avec eux. C’était la deuxième bonne nouvelle de dimanche : "on arrive en tête, et le PS ne peut pas compter sur le Modem pour fusionner". Safar n’a donc a priori pas le choix : ou il fusionne avec les verts et le parti de gauche, et sa liste peut compter sur une vingtaine de sièges, ou il part tout seul et il prend le risque de ne gagner que six sièges. En gros. "Safar s’est pris une claque dimanche soir poursuit Jérôme. Il était persuadé de gagner. C’est comme si ce poste lui revenait de droit."

La fusion, Eric Piolle et son équipe se sont toujours prononcés pour, quel que soit le résultat. Safar était favorable également, m’assure Enzo Lesourt, directeur de communication de Piolle, qui a retrouvé une vidéo de juillet 2013 dans laquelle le socialiste assurait souhaiter fusionner en cas d’échec. Mais c’était en juillet. A quelques minutes de la conférence de presse annoncée, sa décision se fait attendre. Conférence reportée. Puis annulée. Non loin, les socialistes sont réunis à l’hôtel Mercure. Safar discute avec Destot et Jacques Chiron, sénateur et adjoint au maire. La consigne de Solferino est tombée : fusion. Qu’en pense le maire sortant ? Là encore mystère. Mystère également sur son souhait de ne pas briguer un quatrième mandat. Pour les uns il vise un poste de ministre. Ou d’ambassadeur. Voire la présidence de la Métropole, grosse communauté d’agglomérations qui va voir ses pouvoirs élargis en 2015. Pour les autres c’est Safar qui l’a poussé vers la sortie. Cela dit, on ne le voit plus depuis dimanche.


Fi de Solférino : à 15 heures, Safar déclare maintenir sa liste. Faut-il s’en réjouir ou se désespérer ? Après les sifflets qui ont accueilli l’annonce du socialiste, les têtes du rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes se redressent : la campagne continue. La primaire comme on l’appelle ici ou là. Le choix entre deux gauches. Une heure plus tard la fameuse conférence de presse démarre. Piolle arrive détendu. Jovial. Pour lui, la décision de Safar est celle d’un homme seul, d’un homme déçu, empreint de "la culture du propriétaire" qui "refuse d’écouter le message envoyé par les électeurs dimanche dernier". Et les consignes de Solferino : Safar le rebelle n'aura pas l'investiture PS pour le second tour. Par les temps qui courent, pas sûr que ce soit un handicap.
"Il y a une guerre des classes, c'est un fait, mais c'est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner."
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Theodore Monod

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Re : Grenoble : un cas particulier
« Réponse #1 le: 23 novembre 2014 à 12:19:24 »
Une chouette nouvelle qui va réjouir tous ceux qui trouvent les panneaux publicitaires immondes et nuisibles  :super:

Grenoble, première grande ville européenne à bannir la publicité de ses rues
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Re : Grenoble : un cas particulier
« Réponse #2 le: 23 novembre 2014 à 12:33:08 »
C'est une bonne nouvelle  :super: